Une fois de plus, le printemps capricieux de 2019 nous a contraints à la souplesse. Au lieu d'aller faire une ascension dans la réserve du Vanil Noir, sous un ciel gris et orageux, nous avons opté pour les marais de la Versoix, où un généreux soleil nous a obligé à sortir nos lunettes noires et nos casquettes.

La Versoix est l'une des rares rivières franco-genevoise à avoir gardé un cours libre et naturel. Elle relie le massif du Jura au Lac Leman et parcourt 22 km en traversant d'abord une région bocagère, des massifs forestiers, puis des zones alluviales et marécageuses, reconnues d'importance nationale, tant en Suisse qu'en France.

orchis pyramidal

Dès notre arrivée à la douane de Chavannes-de-Bogis, la nature nous surprend une fois de plus par sa capacité à s'adapter et à faire fi de conditions improbables. Dans un petit triangle herbeux entre les routes, à deux pas de la douane, 3 magnifiques orchis pyramidals embellissent cet endroit si peu "sexy". Et ce côté facétieux de la nature met notre groupe de 8 personnes dans une excellente humeur pour toute la journée.

Du côté suisse, nous longeons des champs de diverses cultures (blé, maïs, seigle, soja, ...) Quelques alouettes les survolent en lançant leur chant mélodieux. Dès qu'une opportunité se présente, nous nous engageons dans la forêt-jungle qui nous sépare de la Versoix et des marais. Après les fortes pluies des derniers jours, nous pataugeons dans la boue, tels des sangliers (dont nous voyons les traces et les bauges), enjambons des troncs, des racines et des ronces, pour déboucher sur les marais, accueillis par un chêne majestueux, plusieurs fois centenaire. Dans la polyphonie des chants d'oiseaux, nous distinguons clairement le chant et le chuintement du loriot, du coucou (perché au sommet d'un arbre), du rossignol philomèle, de la grive musicienne, de la rousserolle verderolle et j'en passe. Et nous sommes pratiquement sûrs d'avoir perçu le cri du râle des genêts dans les hautes herbes.

un chêne probablement multi-centenaire

Nous passons de Suisse en France par un vieux pont pavé, avec un minuscule poste de contrôle douanier desaffecté. Du côté français, la nature se fait plus libre. Les alouettes, les hirondelles rustiques et des fenêtres et les martinets noirs effectuent un véritable ballet au dessus des pariries fleuries et des champs de coquelicots et bleuets, où nous trouvons le magnifique miroir-de-Vénus (une fleur menacée en Suisse). Les prairies non fauchées, les bocages entourés de haies vives et les bosquets offrent des abris parfaits au bruant jaune, à l'alouette, à la pie-grièche écorcheur, à la linotte mélodieuse, au tarier pâtre, à la tourterelle des bois ....

le groupe le long de la Versoix
pie-grièche écorcheur
tarier pâtre
tourterelle des bois

Nous pique-niquons à l'ombre de quelques beaux chênes, en compagnie d'un couple d'hypolaïs polyglottes très affairés à nourrir leur nichée.

hypolaïs polyglotte au nourrissage
drôle d'oiseau...

Nous visitons encore les marais de Prodon et finissons la journée par les marais des Bidonnes. Ce marais est protégé par un arrêté de biotope depuis 1994 et est entretenu à l'aide d'aurochs. En y allant, nous voyons un cincle plongeur et un martin-pêcheur passe devant nous, tel une flèche bleue. Et dans la prairie à molinies, nous admirons deux orchidées, la platanthère à deux feuilles et la splendide épipactis des marais.

épipactis des marais
caloptéryx vierge

Une journée magnifique en compagnie de 8 membres du GANaL, qui sont rentrés les pantalons et souliers boueux, mais heureux d'avoir découvert ces lieux préservés.

verdier d'Europe

Martina Suter Trandafir