Cela devait bien se produire une fois! Aucun des membres photographes ne s’est annoncé pour cette sortie. Les quelques photos tirées avec nos différents modèles de portables, mettent d’autant plus l’accent sur l’immense chance que nous avons de compter au sein du groupe plusieurs photographes talentueux et généreux. Mais je crois pouvoir dire que les dix participants à la sortie ont des dizaines de « photos » merveilleuses dans leur mémoire.

Nous entrons dans le parc naturel du Bois de Finges au niveau du charmant petit camping … qui a dû fermer définitivement ses portes en vue des travaux imminents de la future autoroute qui transpercera le cœur de cette merveilleuse forêt. Durant des années le bruit du tunnelier, des pelleteuses, bétonneuses, excavateurs, trax, camions, va bouleverser la quiétude de ce sanctuaire naturel. Comment réussira-t-il à survivre à ce massacre, que nous considérons tous comme irresponsable, destructeur et « utile » seulement à augmenter encore le trafic routier, déjà trop omniprésent dans notre petit pays.

Dès notre entrée dans la forêt , nous sommes accueillis par un groupe de céphalanthères rouges et de limodores à feuilles avortées, tandis que résonnent les chants des Pouillots de Bonelli et celui du véloce. Dans la large bande alluviale et pierreuse qui borde le Rhône, nous observons longuement le Bruant fou lançant son chant du haut d’un buisson. Puis se sont deux mâles Pie-grièche écorcheur, des Serins cinis, 3 ou 4 Guêpiers, une Grive draine et deux Huppes qui se laissent admirer. Nous poussons jusqu’au Rhône qui roule ses eaux tumultueuses et limoneuses entre ses bancs de gros galets. Impressionnant, presque effrayant !



Après une petite maraude de griottes sauvages très goûteuses, nous longeons le haut du vignoble de la Pinède. Trois nichoirs à huppes, ainsi que la manière de labourer entre les rangées de vignes, montrent que ce vigneron est un protecteur de ce bel oiseau si menacé. Et à nouveau, nous voyons deux huppes en vol.

Pour le repas de midi, nous nous installons autour d’une grande table dans une pinède à proximité du Pont Bhoutanais. Et chacun sort une spécialité maison pour constituer un festin commun. Merci à toutes et à tous pour ces découvertes gustatives et tous ces échanges d’idées et de nouvelles.

Après un aller-retour sur le fantastique Pont Bhoutanais, nous faisons une halte appréciée au Tea-room Mathieu, bien à l’abri de la pluie. En effet je ne vous ai pas encore parlé de la météo de cette journée, faite d’une alternance rapide entre des moments de ciel bleu, impitoyablement douchés par une averse, ce qui nous oblige en permanence à passer du T-shirt-casquette à la veste de pluie-parapluie. Mais comme le dit si joliment Anne Meyer « qui pense trop à la météo, reste au bistrot ». Nous, nous ne suivons pas ce dicton bien longtemps, et repartons vers les étangs d’Agarn, toujours avec ces chassés-croisés météorologiques. Les Rossignols et les Rousserolles effarvattes donnent de la voix, ainsi que l’extraordinaire Rousserolle verderolle, que nous avons aussi la chance de voir. Nous observons également un Bruant des roseaux, plusieurs Bruants jaunes, des Tariers pâtres, des Moineaux friquets, des couples de Guêpiers amoureux qui se font des cadeaux de noces. De gigantesques carpes de 1m et plus se vautrent dans l’eau et nous constatons avec amusement comment l’une d’elle enfourne un roseau qui disparaît lentement dans sa gueule. Toutes ces merveilles abolissent la sensation du temps. Il est passé 18h. D’un commun accord, et au vu de la météo et de nos vêtements humides, nous prenons la décision de remettre la dernière partie de la sortie, à savoir le Bois brûlé au-dessus de Loèche, à l’année prochaine.

Quelle riche journée nous avons vécue, tant pis pour les pantouflards!!!
Texte : Martina Suter / Photos : Marie-Lou Janin, Françoise Parisod, Heidy Butty, Martina Suter
