Renaturation d’une parcelle agricole sur les bords du lac de Bret

Renaturation d’une parcelle agricole sur les bords du lac de Bret

8 mars 2025, par une magnifique journée printanière, une quinzaine de bénévoles du GANaL s’active pour planter plus de 130 arbustes sur la parcelle agricole de Jean-François Richard, dit Jeannot, au bord du lac de Bret. Cet exploitant offre généreusement une surface de son pré pour aménager une haie.

Mais quelques mots d’explication s’imposent … Je suis une formation en ornithologie, niveau II, auprès de Birdlife. Dans ce cadre, je dois m’engager dans la réalisation concrète d’un projet à la faveur de l’avifaune et de la biodiversité. Membre du GANaL, et sur les suggestions des deux « Gilbert », Bavaud et Rochat, j’ai soumis une proposition à François Turrian, responsable de Birdlife Suisse romande et de la formation en ornithologie (FRO II) : installer une haie vive et planter quelques arbres fruitiers, y placer des structures favorables au nourrissage, au repos et à la reproduction de la petite faune et des oiseaux. Le projet est accepté, le GANaL me communique son enthousiasme et Jeannot concède une portion de sa parcelle à la concrétisation de la démarche.

Ce projet va se dérouler en trois volets.

  • 1er volet

Dans un premier temps, ma réflexion et mon temps sont accaparés par la réalisation de la haie qui doit présenter une valeur écologique selon des critères de qualité précis édictés par la Confédération. Les plantes choisies sont indigènes et au moins 20% de la strate arbustive est constitués de buissons épineux. On doit retrouver au moins cinq espèces différentes d’arbres et de buissons par dix mètres courants et la largeur de la bande boisée représente deux mètres au minimum. Des exigences concernant la bande herbeuse entourant la haie sont également à respecter, en termes de dimensions et de coupes. Toutes les conditions sont remplies, le niveau de qualité II est assuré. Je réalise un plan de plantation, passe commande auprès du pépiniériste Baudat à Romanel et organise les agapes qui ne sauraient faire défaut à une telle journée. En tout, ce sont quatorze variétés différentes qui sont retenues.

Photos 1-2, Traçage: L’emplacement des plantations a été préalablement marqué : sur trois rangées, les arbustes seront plantés à un mètre de distance et en quinconce.

Traçage
Traçage

La valeur écologique (voir tableau ci-dessous) des différents arbustes met en évidence le potentiel de nourrissage et d’abri d’une part pour les insectes et, ce faisant, d’autre part pour les oiseaux qui vont consommer soit les fruits, soit les chenilles, papillons et autres insectes qui s’y trouvent, et trouver refuge dans les branchages (Zaric, Koller & Détraz-Méroz, 2002). Ainsi, de nombreux oiseaux vont nourrir leurs jeunes avec des chenilles, les chauves-souris font également des grands ravages parmi les papillons. Ces apports de nourriture sont également appréciés des lézards et araignées, et même des renards. Il va sans dire que les haies ne supportent aucun traitement insecticide et/ou herbicide à partir du moment où le choix est fait de mettre en avant la biodiversité et l’organisation systémique induite par le vivant. De fait, pour les chenilles et papillons et autres insectes, il s’agit de proposer des plantes nectarifères favorisant leur présence, tout comme des plantes hôtes où les femelles pourront pondre leurs œufs. Il est donc important qu’inflorescences et fruits soient présents sur le plus grand nombre de mois pour sustenter la microfaune présente (Beltrame & Cadi, 2022).

Les arbustes épineux assurent protection pour les oiseaux et petits mammifères contre les prédateurs extérieurs par leur côté agressant, mais également par le fouillis de végétation ainsi développé.

Photos 3-4 & 5 : Plantation : Vincent Sarbach transmet ses conseils de plantation à toute une équipe de bénévoles, dynamique, efficace et surtout bien sympathique !

Lors de la plantation, le pied des arbustes est protégé par un géotextile afin d’éviter la concurrence racinaire qui pourrait être induite par des adventices, chaque pied étant de plus recouvert et entouré de copeaux de bois. Ces protections permettent également de conserver le maximum d’humidité et de prévenir l’évapotranspiration de la plante et de la terre.

Photos 6 & 7 / Un beau travail : La haie est en place, satisfaction des bénévoles !

Les semaines ont passé, le printemps s’est bien installé et les foins ont passablement grandi. Certains arbustes disparaissent à notre vue. Nous nous questionnons, Jeannot et moi : quel choix effectuer pour garantir les meilleures implantation et croissance possibles pour les différentes variétés ? Divers conseils de professionnels s’opposent : laisser faire, une sélection naturelle va s’opérer ; ou à l’inverse libérer l’environnement immédiat de la plante et donner également plus de lumière. Nous décidons donc de dégager les plants. Je coupe dans un premier temps tout l’entourage des arbustes avec une faucille, Jeannot suit avec une débrousailleuse.

Photos 8 & 9 / Deux mois plus tard : Les foins ont poussé, les arbustes disparaissent ; une intervention humaine s’avère nécessaire pour aérer la haie.

Cette opération nous permet d’observer que les plants sont à des stades végétatifs fort différents. Certains ont des petites feuilles, d’autres des bourgeons à peine visibles et pour lesquels on pourrait craindre le pire. Mais quelques semaines plus tard, tous apparaissent sains avec leurs jeunes feuilles.

Quelques essences, de mars à juin : sureau noir, troène commun, viorne commune

Sureau noir
Sureau noir
Troène commun
Troène commun
Viorne commune
Viorne commune

Les rosiers églantiers sont même en fleur, dans toute leur délicatesse.

Églantier en fleurs, avec quelques fruits

Églantier en fleurs, avec quelques fruits

En ce début juillet, avec des températures caniculaires, il faut rester attentif au risque de sécheresse. Mais il semble, pour l’instant du moins, que des épisodes pluvieux et orageux nous arrivent à une fréquence qui nous épargnent trop de soucis.

  • 2ème volet

La haie vit sa vie, nous la surveillons de près.

Le 2ème volet voit la réalisation de diverses structures favorables aux oiseaux, mais également à d’autres animaux. Dans le cadre de l’école de la durabilité, les élèves du cercle scolaire de Lavaux Centre ont l’occasion de participer à quelques jours, voire une semaine hors cadre dans l’école de Grangeneuve, sur la commune de Puidoux,[1]. Je propose ainsi à une classe de 5H (9 ans) et à une autre de 6H (10 ans) la construction de tas de branches.

Deux matinées de soleil, de plein air et de gaité pour les élèves entre fin avril et fin mai, toujours sur les rives du lac de Bret. Le poster proposé par Birdlife[2], présenté en début de matinée, guide nos premiers pas pour monter le tas de branches.

Photos 17-18 / Les tas de branches : les branches sont prêtes pour les élèves et le résultat final

branches

Chacun y va selon sa dose d’enthousiasme et d’énergie.

Photos 19-20

J’anime ensuite une activité conclusive pour bien comprendre les enjeux écologiques d’une telle construction : les élèves reçoivent une carte avec la photographie d’un animal potentiellement habitant des lieux et doivent définir si cet animal peut s’installer dans le tas (une femelle hérisson par exemple), au contraire, rester à l’extérieur (un milan royal survolant le tas). Il s’agit de comprendre qui vit dans le tas, s’y protège, qui y est prédaté (un mulot capturé et ramené à ses petits par une femelle hermine ou des escargots par le hérisson).

Lire les commentaires des élèves :

         Photo 21 / Quelques cartes pour l’animation avec les élèves

Mais également qui dérange le microcosme de ce tas : un chien non tenu en laisse, des promeneurs trop indiscrets. Et même un leurre, un éléphant se baladant dans les parages … Les élèves s’y sont presque laissés prendre ! Ils ont ainsi pu réaliser le grand nombre d’habitants trouvant refuge dans un tas de branches et de la vie animée qui peut y régner.

L’implantation de haies est d’autant plus importante dans notre pays que nombre d’entre elles ont été abattues jusque dans les années 1990. Il manque ainsi cruellement de sites de nidification, d’abris et de postes d’affût pour nos oiseaux nicheurs, même si on en compte toujours plus dans le paysage agricole. Diverses études citées par l’Atlas des oiseaux nicheurs de Suisse 2013-2016 relèvent que plusieurs espèces pourraient bénéficier d’une telle renaturation, entre autres :  pie-grièche écorcheur, fauvette grisette et fauvette des jardins, bruant jaune, pour ne cier que les plus marquants.

Ce deuxième volet verra d’autres réalisations avec des élèves à la rentrée scolaire de fin août, notamment la fabrication de nichoirs.

Un troisième volet orienté sur la plantation d’arbres fruitiers sera encore proposé à une dernière classe tout début octobre et ce devrait être l’aboutissement de mon projet de renaturation d’une parcelle agricole.

[1] Voir à ce propos la page Internet : https://www.ecolevaudoisedurable.ch/ressources/grangeneuve-lecole-de-la-durabilite-projet-pilote

[2] Voir la page du site Birdlife : https://www.birdlife.ch/sites/default/files/PosterASPO_tas_de_branches_low.pdf

Bibliographie

Beltrame, C. & Cadi, A. (2022). Découvrir les papillons du jardin. Les identifier, les attirer, les nourrir. Paris : Rustica Editions.

Zaric, N., Koller, N. & Détraz-Méroz, J. (2002). Guide des buissons et arbres des haies et lisières. Identification et entretien. Lausanne : Service romand de vulgarisation agricole.

Caillet-Bois, D., Weiss, B., Benz, R. & Stäheli, B. (2024). Promotion de la biodiversité dans l’exploitation agricole. Exigences de base et niveaux de qualité. Conditions – charges – contributions. Lausanne: Agridea.

Knaus, P., Antoniazza, S., Wechsler, A., Guélat, J., Kéry, M., Strebel, N. & Sattler T. (2018). Atlas des oiseaux nicheurs de Suisse 2013-2016. Distribution et évolution des effectifs des oiseaux en Suisse et au Liechtenstein. Sempach : Station ornithologique suisse.

NomNom latinIdentificationImportance écologiqueImportance paysagèreUtilisation et propriétés
ArgousierHippophae rhamnoidesÉpineux Port buissonnant ; feuilles caduques, alternes, simples, très étroites, avec une seule nervure ; fleurs très petites, verdâtres, apparaissant avant les feuilles ; fruits de formes ovales, jaune orangéFort atout des baies pour l’avifaune dans les haies.Très décorative par son feuillage argenté et ses baies orange vif en grappes.Fruits comestibles, riches en vitamines C.
Aubépine à deux stylesCrataegus laevigataÉpineux Petits bourgeons alternes arrondis ; feuilles alternes, peu lobées, fortement découpées ; fleurs blanches ; fruits ovoïdes rouges.Source importante de nourriture à la fin de l’automne et en hiver pour les insectes, les oiseaux et les petits mammifères ; peu mellifère.Belle floraison printanière, feuillage automnal coloré et fruits rouges.Action calmante et régulatrice du rythme cardiaque.
Chèvrefeuille des haiesLonicera xylosteumBuisson peu dense à tiges creuse (sans moelle), écorce se détachant en lanières. Bourgeons opposés, feuilles ovales et velues ; fleurs blanc jaune ; baies rouges, soudées par deux.Espèce particulièrement importante pour certaines chenilles ; mellifère, riche en nectar ; source de nourriture pour les oiseaux et les insectes. Baies toxiques pour les humains, mais très appréciées des merles, rougegorges et mésanges.
Cornouiller sanguinCornus sanguineaRameaux cylindriques devenant rouge sur la face exposée au soleil ; bourgeons opposées, élancés et minces ; feuilles opposées, ovales, à nervures arquées vers la pointe ; fleurs blanches groupées à l’extrémités des rameaux ; petits fruits noir bleu.Fruits nourrissant les oiseaux et les petits mammifères, qui trouvent abri dans son fourré dense ; fleurs appréciées de nombreux insectes.Coloration rouge et verte des rameaux en hiver.Fruits toxiques
Fusain, Bonnet d’évêqueEuonymus europaeusBuisson touffu très branchu ; bourgeons opposés, légèrement décalés ; feuilles opposées, lancéolées, finement dentées ; fleurs vert clair ; fruits spectaculaires en capsules pendantes, rouge orangé vif à maturité.Fleurs importantes pour les insectes, mellifères, riches en nectar ; fruits intéressants pour les oiseaux.En automne, feuilles pourpres et fruits rouge orangé vif.Fruits toxiques ; la présence du fusain est réputée faire fuir les galles du bétail.
Nerprun purgatifRhamnus catharticaÉpineux Buisson à écorce lisse ; rameaux souvent terminés par une épine ; bourgeons opposés, décalés ; feuilles opposées, ovales, finement dentées, avec des nervures arquées ; fleurs jaunâtres ; fruits noirs en grappes ressemblant à des petites cerisesMellifère, source de nourriture durable pour les oiseaux (fruits jusqu’en novembre) ; site de nidification idéal.Floraison et petits fruits noirs très décoratifs.Fruits faiblement toxiques et purgarifs.
Poirier communPyrus communisÉpineux Certains rameaux se terminent en pointe émoussée ; bourgeons alternes ; feuilles ovales pointues à l’extrémité ; poires jaunâtresFruits appréciés des oiseaux, des petits mammifères et le gibier ; espèces mellifères. Poires comestibles à maturité.
Rosier arbusteRosa caninaÉpineux Buisson impénétrable ; feuilles alternes, composées, bleutées. Fleurs rose pâle ou blanches, solitaires ou groupées ; fruits (cynorrhodons) rouges.Fleurs particulièrement intéressantes pour les insectes, alors que ses fruits sont appréciés, important dans l’alimentation des oiseaux.Floraison et fructification spectaculaires.Son nom, R. canina, vient du fait qu’autrefois ses racines servaient de remède contre la rage.
Rosier églantierRosa rubiginosaÉpineux Feuillage vert foncé ; barrière défensive par les épines ; feuillage vert foncé ; fleurs roses, fruits rouges.Nourriture et abri pour de nombreux animaux, attire les pollinisateurs. Ses fruits, cynorhodons, sont consommées par les oiseaux et les petits mammifères. Refuge contre les prédateurs et les intempéries.Fleurs parfumées, fruits décoratifs.Fruits comestibles, utilisés pour les confitures, conserves ou infusions.
Saule marsaultSalix capreaTronc court à écorce lisse ; bourgeons dodus à pointe tordue, alternes en spirale ; chatons naissant avant les feuilles ; feuilles ovales, grandes, recourbées à la pointe. Aime l’eau et le soleil.Floraison très recherchée des abeilles et autres insectes, mellifère, source de nourriture pour de nombreux insectes et pour le gibier.Saules qui peuvent être taillés en têtard.Autrefois rameaux fins utilisés en vannerie.
Sureau noirSambucus nigraRameaux à moelle blanche, bourgeons opposés en forme d’œuf pointu ; feuilles opposées, composées, dentées ; fleurs disposées en grappes ovales de couleur blanche ; fruits noirs.Fruits très appréciés des oiseaux ; fleurs riches en pollenFloraison et fructification spectaculaires.Fruits appréciés pour les confitures et les sirops.
Troène communLigustrum vulgareRameaux beiges, fins et dressés ; bourgeons opposées, verts, peut partiellement conserver ses feuilles en hiver. Feuilles coriaces, allongées, avec une nervure centrale très marquée ; fleurs blanches en panicules ; petites baies noires à chair rouge.Ses fruits persistants jusqu’au printemps constituent une des dernières ressources de nourriture pour les oiseaux en hiver ; source de nourriture pour les insectes, fleurs appréciées des abeilles sauvages ; offre un refuge aux oiseaux. Plante très toxique ; écorce et feuillage à tenir à l’écart du bétail.
Viorne communeViburnum lantanaPetit buisson, rameaux recouverts de feutre ; bourgeons opposés et nus ; feuilles opposées, épaisses et rugueuses, duveteuses sur la face inférieure ; fleurs blanches ; fruits ovales aplatis, rouges, puis noir bleu.Pour les insectes et les oiseaux ; mellifères.Floraison et coloration automnale pourpres.Fruits toxiques.
Viorne obierViburnum opulusPetit buisson au port souvent en boule ; bourgeons opposés, globuleux ; feuilles opposées, avec 2-3 glandes sur le pétiole, rougissant fortement en automne ; fleurs blanches stériles en couronne, entourant les fleurs fertiles insignifiantes, fleurs visibles de loin au printemps ; fruits d’un rouge éclatant.Insectes, fruits servant de nourriture pour les oiseaux ; mellifère.Magnifique floraison en juin, coloration automnale spectaculaire.Fruits toxiques.